L’appel à projets 2023 des Trophées de la Fondation du Domicile portait sur le domicile, acteur et levier de la transition environnementale. La société Topager, entreprise innovante reconnue pour son expertise en matière de conception, de réalisation et d’exploitation de projets d’aménagements paysagers, développe un paysage porteur d’usages et de services, valorisant l’écologie et le métabolisme urbain.
Elle est l’un des lauréats de cette édition, récompensée pour une étude de faisabilité du développement de jardins familiaux en toiture d’immeuble. Nicolas Bel, spécialiste des programmes d’innovation en agriculture urbaine et co-fondateur de Topager (2013), répond à nos questions sur ce projet enthousiasmant.

Dans quel contexte, ce projet a-t-il vu le jour ?

Avec l’inflation des produits alimentaires, les habitants, notamment de logements sociaux, ont de moins en moins accès à des produits de qualité. Les jardins familiaux leur permettent de s’approvisionner en fruits et légumes de qualité et de saison, tout en favorisant le lien social, l’éducation ou la valorisation des déchets de cuisine par le compostage. Il y a des listes d’attentes sur les jardins existants mais ils se développent peu car la réserve de foncier disponible est faible.

Une solution serait d’investir les toits pour y implanter des jardins familiaux, notamment à l’occasion d’opérations de réhabilitation. Cependant, ces dispositifs soulèvent de nombreuses problématiques à la fois techniques, de financement et de fonctionnement, et à ce jour aucun programme de jardins familiaux sur les toits n’est connu, seulement des jardins partagés. Grâce au soutien de la Fondation, Topager a réalisé une étude de faisabilité pour prototyper un espace avec des parcelles de jardins familiaux sur les toits.

Pouvez-vous nous décrire le projet et les bénéfices attendus ?

Au moment où nous avons reçu le prix de la Fondation du Domicile, il s’agissait dans un premier temps de produire un outil traitant tous les enjeux techniques, réglementaires, financiers et méthodologiques, afin de proposer des jardins familiaux sur les toits de logements sociaux. Aujourd’hui nous avons réussi à identifier un bailleur (Toit&Joie du Groupe La Poste Habitat) et un site potentiel pour y implanter un prototype et l’expérimenter. Seuls les jardiniers adhérents auront accès aux jardins familiaux, avec pour effet de faciliter leur appropriation, de limiter fortement le risque de mésusage et de répondre aux problématiques d’accès et de sécurité incendie.

Les jardins familiaux sur toiture n’existaient pas à ce jour, cette expérimentation sera donc résolument innovante, et porteuse de nombreux bénéfices pour toutes les parties prenantes :

Bénéfices pour les jardiniers et leurs familles

  • Ils ont accès à des légumes frais de grande qualité, car récoltés à maturité et cultivés selon les principes de l’agriculture biologique. Sur 20 m2 de culture en bac, la production peut aller jusqu’à 150 Kg de légumes par an.
  • Ils font des économies significatives sur les achats de légumes, de l’ordre de 400€ à 600€ par an.
  • Ils sont en meilleure santé physique et mentale, pratiquant ainsi un exercice physique régulier et passant du temps régulièrement en plein air.

Bénéfices pour le bailleur

  • La couche de substrat en toiture protège l’étanchéité. En effet, sans couche protectrice, celle-ci s’abîme avec un phénomène dit de « fatigue » : suivant les variations de température, les membranes se dilatent le jour et se rétractent la nuit, faisant travailler les joints. L’été, si la toiture est très chaude et qu’un orage éclate, le choc thermique accélère la détérioration. Avec une couche de terre qui limite les variations et encaisse les chocs, la durée de vie de l’étanchéité peut doubler.
  • La végétation en toiture nécessite peu de charge d’entretien pour les bailleurs. Ce sont les jardiniers qui l’entretiennent et la cotisation symbolique qu’ils versent couvre la maintenance du site.

Bénéfices pour la collectivité

  • Gestion des déchets : pour fertiliser les cultures gratuitement, les jardiniers produisent eux-mêmes leur compost à partir de leurs déchets de cuisine. Par cette action, ils réduisent jusqu’à 20% la quantité de déchets que la collectivité doit collecter et traiter.
  • Gestion de l’eau : les espaces végétalisées vont contribuer à gérer les eaux pluviales. Lors d’un épisode orageux, les réseaux d’égouts reçoivent massivement l’eau de pluie et peuvent déborder dans les cours d’eau et les polluer. Les parcelles de jardin jouent un rôle d’éponge et limitent la pollution des cours d’eau et les risques d’inondation.
  • Rafraîchissement : les parcelles de potager sont irriguées et la surface d’évaporation augmente avec le feuillage durant le printemps et l’été. Cette évapotranspiration, ainsi que l’ombre des plantes, contribuent à diminuer la température en ville.
  • Refuge pour la biodiversité, en accueillant de nombreuses espèces dont les pollinisateurs.

Quelles sont les prochaines étapes ?

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Entre janvier et mars 2024, nous avons travaillé sur la construction d’un outil de faisabilité technique, économique et juridique. Nous avons notamment mis en évidence les bénéfices attendus, des aides au financement disponibles, ainsi qu’une méthode pour la concertation avec les futurs usagers.

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Entretemps le bailleur Toit&Joie a été séduit par notre projet et se lance dans l’aventure avec nous. Nous allons mettre en œuvre un projet pilote et une étude opérationnelle. Et nous réfléchissons avec la Fondation du Domicile à la réalisation d’une étude d’impact permettant d’évaluer ce qui marche et ce qui marche moins bien, pour s’inscrire dès maintenant dans une logique d’amélioration et de duplication de notre solution.

Le potentiel d’essaimage du projet est considérable. A chaque construction ou réhabilitation lourde de logement sociaux, on peut envisager l’aménagement de jardins familiaux sur les toits. Près de 80 000 logements sociaux sont construits chaque année, et 110 000 sont réhabilités. La pertinence d’installer les jardins familiaux en toiture ne concernera que la partie du parc située en milieu urbain dense, qui dispose de peu d’espace au sol, mais le potentiel est considérable.

Les bailleurs sociaux sont sensibles aux problématiques de mésusage possible de toitures potentiellement accessibles, ainsi qu’à leur coût. La mise en place et le suivi d’un projet pilote peut être le démonstrateur d’une réponse raisonnée à ces sujets.

Si la démarche est particulièrement pertinente pour les logements sociaux, elle peut être aussi proposée aux copropriétés privées.